Rendre l’avenir à la jeunesse

Après près de deux mois de cours et de multiples échanges avec les lycéens que j’encourage quotidiennement à construire leur projet professionnel, il est un constat que dressent tous les enseignants qui comme moi interviennent en lycée professionnel : l’enthousiasme de la jeunesse s’éteint, consumé par des préoccupations dont la jeunesse d’autrefois ne se souciait guère.

Combien d’heures passées à essayer de redonner confiance à ces jeunes et à imaginer avec eux des parcours originaux pour qu’ils surmontent cette morosité qui est bien à l’inverse de cette flamme qu’ils devraient dégager ! Les jeunes, et nous enseignants à leurs côtés, parents et grands-parents les comprenons, sont rongés par le manque de perspectives qui les guette à l’obtention de leur CAP ou de leur baccalauréat professionnel, dépités par la discrimination qui attend bon nombre d’entre eux, déçus de devoir bien souvent prolonger leur scolarité par des stages et résignés de ne pas accéder au logement faute d’autonomie financière et de crédit auprès des banques. En eux ne gronde même pas de révolte, celle pourtant naturellement attendue de la part d’une jeunesse qui devrait s’affronter au mode de pensée de ses ainés pour se construire. La jeunesse est lasse, lasse de ne pas pouvoir espérer en l’avenir.

Il est vrai que l’environnement n’est pas réconfortant. 4,3 millions de personnes sont aujourd’hui en France confrontées au manque de travail auxquels s’ajoutent tous les employé/es en situation précaire et en activité réduite. La crise est passée par là, certes, mais, avant elle, notre pays s’était déjà enlisé dans une incapacité à maintenir ses emplois et à les faire évoluer : manque de clairvoyance et de compétences de nos dirigeants, irresponsabilité à encourager au lieu de la freiner la course obsessionnelle aux bonus boursiers plutôt que de soutenir l’emploi.

Dans sa dérive, notre pays a fait du jeune âge de ses forces vives un handicap, voire un bouc émissaire. On a laissé en effet s’installer l’idée depuis quelques années que la jeunesse, adaptable et mobile, pouvait bien subir pour apprendre à mieux rebondir, qu’à son instabilité passagère correspondaient les contrats éphémères. Ainsi nos dirigeants ont-ils peu à peu déchargé la société de sa responsabilité d’aider et d’accompagner les jeunes à se construire, sacrifiant l’école et les abandonnant à des premières expériences exigées impossibles. La multiplication des contrats temporaires imposés aux jeunes et leur entrée massive en tant que stagiaires rémunérés au rabais dans le monde du travail sont autant de pierres qui ont construit le « précariat » dans lequel certains voudraient installer durablement notre jeunesse.

Voilà ce qui attend la Jeunesse que l’on qualifiait autrefois volontiers de dorée :

23,3% des actifs au chômage avaient en 2010 entre 15 et 24 ans.

Près de trois sur quatre des personnes qui entrent sur le marché du travail se voient imposer un contrat atypique.

Les 15-24 ans sont cinq fois plus représentés que leurs aînés parmi les personnes relevant d’un contrat précaire, qu’il soit à durée déterminée, d’intérim ou d’apprentissage.

Augmentation du chômage des jeunes de 72% en deux ans.

Face à cette désastreuse évolution, il est urgent d’agir pour changer l’avenir, mais la jeunesse n’est pas une priorité du gouvernement actuel : En baissant le budget de l’emploi de 12% dans le projet de loi de finances 2012, le gouvernement démontre que le chômage des jeunes n’est pas une priorité. En votant une proposition de loi relative au développement de l’alternance et en autorisant l’apprentissage dès l’âge de 14 ans, la droite porte un coup fatal au droit du travail dans notre pays, qui interdit le travail des enfants, et réduit l’apprentissage à une orientation « sanction », alors que la voie de formation est très exigeante et difficile. Par les différents décrets d’application de la loi sur le développement de l’alternance, le gouvernement actuel permet l’apprentissage en intérim, l’apprentissage saisonnier et même l’apprentissage sous contrat d’apprentissage et invente « l’apprentissage low cost ». La réduction des moyens à l’école se fait au détriment des élèves en difficultés, le nombre de sorties sans diplôme ne diminue pas, l’école française est au dernier rang des pays développés pour son incapacité à gommer les inégalités sociales et seuls 55,7% des lycéens professionnels ont en 2010 trouvé un emploi sept mois après la fin de leur formation initiale, soit 10% de moins que l’année précédente.

L’enjeu est d’améliorer la formation et de réduire le chômage des jeunes, il n’est pas de le dissimuler. Les socialistes derrière François HOLLANDE veulent construire la France de demain et accorder pour ce faire sa priorité à la jeunesse, c’est-à-dire à l’éducation. Et c’est à la nation toute entière et pas seulement à la jeunesse que les socialistes parlent de la jeunesse, au nom de l’intérêt général et parce que la jeunesse est son avenir. Parce que les socialistes sont lucides sur les difficultés, qu’ils sont conscients que notre système a des faiblesses et des échecs et qu’il a reproduit et même accru des inégalités, François Hollande, élu président, placera l’école au carrefour de deux exigences : surmonter la crise de l’avenir qui nous ronge et restaurer le message de la République. Avoir une grande ambition pour l’école, c’est avoir une grande ambition pour la France.

1 Comment to “Rendre l’avenir à la jeunesse”

  1. Paul dit :

    Oui, il y a urgence ! Nous avons besoin de personne comme vous pour défendre nos intérêt !!

    Un Jeune Oullinois

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