Le long chemin peut-il mener ailleurs qu’à la démocratie ?

« Je préfère le chaos au despotisme parce que dans le chaos j’ai le choix ». Ainsi s’exprimait Gilbert Achcar, professeur à la School of Oriental and African Studies de Londres, dans une interview sur l’islamisme au pouvoir dans les pays arabes, qu’il a donnée récemment au journal « Le Monde ».

Pour beaucoup d’Occidentaux, les soulèvements en domino dans les pays arabes depuis 2011 ont apporté davantage de chaos qu’un élan vers une démocratie espérée et leurs attentes déçues cèdent à l’anxiété de voir le pouvoir détenu depuis par les Islamustes. Les révolutions qui fleuraient bon le printemps et le jasmin ont désormais le goût amer de leur désillusion et d’un sentiment de trahison envers leur soutien enthousiaste du début.

De fait, le changement d’aujourd’hui dans les pays arabes ne semble pas avoir la profondeur d’un bouleversement : si les despotes et leur entourage, héritiers du pouvoir pendant plusieurs générations, ont bien été chassés, l’Etat ne semble pas avoir radicalement bougé, ni en Tunisie, ni en Egypte, et les Islamistes, actifs dans la protestation populaire, bien avant qu’elle ne se métamorphose en révolution, ont naturellement occupé l’espace, que le nationalisme arabe leur a laissé, et nourri l’illusion d’une solution là, où l’Etat d’alors a donné toutes les preuves de la réalité de sa faillite.

Bloqués dans leur développement, ne laissant aux jeunes que la seule perspective du chômage, les pays arabes ont enlisé leur population dans la misère et l’injustice. Il faudrait aujourd’hui aux Islamistes un programme économique à la hauteur du gouffre dans lequel leur pays est plongé pour que l’illusion se transforme en espoir, que je n’ai pourtant pas perdu depuis mon dernier article sur ce sujet.

Le mouvement populaire n’est pas mort : Les Tunisiens, les Egyptiens, les Lybiens ont appris à descendre dans la rue comme l’apprennent aujourd’hui les Syriens, que la frilosité des gouvernements occidentaux et les intérêts régionaux laissent esseulés (www.vagueblanchepourlasyrie.org/15 mars), et le soulèvement de 2011 n’est sans aucun doute que le début d’un processus, plus long que nous ne l’imaginions, au bout duquel la démocratie vaincra.

L’assassinat de Chokri Belaïd, Chef du parti des patriotes démocrates et opposant tunisien, le 6 février dernier, fait certes vaciller cette lueur lointaine, mais elle ne s’éteint pas : Elle éclaire le chemin qui y conduit quand Ennahda concède ce que la quasi-totalité de l’opposition et de ses partenaires laïques revendiquaient, à savoir céder les ministères régaliens à des indépendants. Un grand pas pour une once de démocratie a été fait : Ennahda ne pourra sortir la Tunisie de la crise qu’en élargissant le soutien dont il a besoin et non en le jugulant au sein de sa seule majorité.

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