Intervention sur la politique de la ville : approbation de la programmation 2014

La programmation 2014 de la politique de la ville comporte comme l’année dernière 25 actions, dont la majorité, 16 d’entre elles contre 14 l’année passée, est portée par les associations oullinoises. Notre tissu associatif est dense et nous sommes heureux que l’économie sociale véhiculée par les idées d’Arlès Dufour et des Saint-Simoniens en début du 20è siècle, présents dans notre ville, ait développé l’entraide et constitué la richesse de notre patrimoine associatif. Avec la politique de la ville , mais aussi depuis que les associations existent, elles font se rencontrer les publics, elles rassemblent par les activités culturelles, sportives, citoyennes qu’elles animent des personnes qui n’entreraient sans doute pas en contact, elles sont porteuses de compréhension et d’acceptation de l’autre, et nous, élus socialistes et apparentés, leur en sommes reconnaissants, aux salariés et aux bénévoles : il est vrai que le secteur associatif occupe une part importante dans le budget de la ville, 17% du budget sont couverts par les subventions versées, mais le bénéfice que la ville retire de sa contribution fait en contrepartie  l’attractivité de la ville et la cohésion de la population : il est à la fois, ce bénéfice, culturel, éducatif, sportif, citoyen, intergénérationnel, humain.

Les chiffres que vous nous avez communiqués concernant le financement des actions témoignent d’un changement dans les attributions financières : les crédits politique de la ville baissent et mutent en droit commun : la ville par exemple a baissé sa participation PV de 7 106€ et  a augmenté celle en DC de 7601€, le département a lui aussi augmenté sa dotation de 7025€, et il nous faut lire le rapport publié par la Cour des comptes en juillet 2012 pour comprendre pourquoi l’Etat et la région ont baissé  les leurs considérablement : Le rapport cité dressait en effet un bilan très mitigé des actions menées depuis des décennies par la politique de la ville. Ce bilan soulignait même que « les actions n’ont pas eu un impact suffisant pour changer durablement la vie quotidienne de la population et que l’amélioration de la situation n’est pas tangible dans certains quartiers, où la pauvreté et la précarité demeurent à des niveaux élevés et où l’insécurité persiste, dans un contexte aggravé par la crise. ». La politique de la ville, on le voit, est impuissante en l’état à ramener l’équité sociale dans les quartiers défavorisés.

Que dirait le rapport à notre échelle oullinoise ? Combien de projets sont-ils reconduits depuis plusieurs années sans que nous puissions véritablement affirmer  qu’ils aient profondément amélioré les conditions de vie des habitants ? Cette année 16 actions sont reconduites, l’année précédente 17 et l’année d’avant encore 23 ! On comprend dès lors que les financements puissent se détourner au profit d’une nouvelle politique, plus efficace à changer la vie dans les quartiers et le quotidien de leurs habitants.

Il n’est pas inintéressant de noter que l’action sortie du financement PV et dont l’Etat s’est totalement retiré est celle du busing, le transport quotidien matin et soir depuis 7 ans au moins des enfants de la Saulaie vers des écoles qui ne sont pas celles de leur quartier! Nous sommes, à vrai dire, réconfortés de voir que l’Etat ne cautionne pas qu’une école de quartier soit remplacée par le déplacement des enfants en différents points de la ville. Le retrait financier de l’Etat sur cette action, qui, rappelez-vous vos déclarations de 2008, devait être provisoire, illustre concrètement ce que le rapport dénonce : Les actions durablement installées n’ont pas lieu d’exister en politique de la ville, car elles sont alors le plus souvent inefficaces, seul un renouvellement des actions peut ouvrir l’horizon des personnes concernées.

Si nous observons à la loupe un seul quartier d’Oullins, celui de la Saulaie par exemple, nous y faisons le même constat que l’analyse dressée par l’observatoire national des zones sensibles : la situation de la population continue de se dégrader, le taux de pauvreté y est trois fois supérieur qu’ailleurs, l’emploi continue de reculer, le chômage augmente, les adultes y sont de moins en moins en bonne santé et ils rencontrent des difficultés dans l’accès aux soins.

Un constat saisissant qui exigerait d’entreprendre les actions visant à inverser cette tendance alarmante. Quelles actions menées par la ville se fixent-elles pour objectif de prendre en compte les constats énumérés dans le rapport – à savoir que les ménages qui ont emménagé entre 2005 et 2009 sont souvent plus pauvres que les ménages déjà installés, que le sentiment de discrimination y est plus fortement perçu qu’ailleurs, que la situation des femmes souvent chargées de famille et en situation de monoparentalité est plus précaire vis-à-vis de l’emploi – lesquelles de ces actions à Oullins peuvent-elles prétendre à inverser la situation ?

Je suis déjà intervenue l’année dernière sur ce point et je me répète  cette année : quelles actions visent en priorité les droits des femmes ? Pourquoi, fortes du rapport et de l’analyse, ne constituent-elles pas une des priorités de la municipalité et pourquoi cette année encore aucune action n’a-t-elle été programmée pour elles ? Qui ignore encore que les femmes comme les jeunes sont les victimes de la crise économique ? Que pour beaucoup elles élèvent leurs enfants seules, assurent financièrement la vie du foyer le plus souvent monoparental dans les quartiers prioritaires, qu’elles ont plus de CDD et de missions d’intérim que les hommes, qu’elles travaillent souvent à temps partiel, qu’elles sont les 1ères licenciées ?

Le relevé de décisions daté du 19 février 2013 du Comité interministériel des villes en intitule une « droits des femmes » et elle recouvre aussi bien le développement de l’activité économique des femmes des quartiers que l’accès des femmes des quartiers populaires aux actions d’information sur les droits des femmes. Pourquoi la politique de la ville les oublie-t-elle à Oullins ?

La répartition par thématique que vous nous avez transmise nous indique d’autre part qu’une seule action est menée sur la santé, concernant la nutrition en direction des collèges et l’hygiène bucco dentaire en direction des maternelles et primaires du Golf et de la Saulaie. Comment expliquer que ce domaine, la santé, n’appelle qu’une seule action, alors que les personnes en situation économique difficile, donc tout particulièrement celles des quartiers prioritaires, ont eu de moins en moins accès à la santé depuis ces dernières années, et n’ont plus les moyens de se soigner, les femmes notamment, dont l’analyse citée nous rappelle la situation à considérer  ? Pour quelle raison encore aucune action n’a-t-elle été programmée en direction des personnes âgées dans les quartiers en politique de la ville, aucune action pour leur santé et aucune action pour lutter contre leur isolement ?

Il est en revanche d’autres actions, nouvelles cette année,  privilégiées par l’Etat, comme à l’ombre d’une histoire, proposée par le théâtre de la Renaissance, visant à favoriser l’accès à la culture et à valoriser un quartier, et encore l’accompagnement à la création d’un comité de locataires, proposée par l’OPAC du Rhône, visant à sensibiliser les habitants à leur espace de vie et à les inciter à s’engager dans des démarches collectives participatives. Nous avons un seul regret dans cette action : que la ville n’abonde pas financièrement pour nourrir la participation des habitants, mais laisse ce soin aux autres financeurs. Nous aurions volontiers imaginé une action portée par la ville visant la consultation de la population et une autre visant la création de conseils de quartier, ce qui aurait permis au seul existant, celui du Merlo, présidé autrefois par un élu de votre majorité, de semer et d’expliquer aux naissants comment les habitants peuvent aménager et valoriser leur quartier. C’est du moins ainsi que nous concevons un projet rassembleur pour tous.

Malgré ses insuffisances et bien que nous regrettions que vous ne teniez pas davantage compte des alertes et préconisations faites dans les rapports et analyses publiées, nous voterons pour cette délibération.

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