Conseil municipal du 6 avril 2017 : Mon intervention sur la programmation politique de la ville 2017

On parle depuis plus de 40 ans de politique de la ville. Elle a été actualisée dernièrement, par la loi 2014 de programmation pour la ville et la cohésion urbaine, fixant un critère unique, celui de la concentration de personnes à bas revenus dont les ressources sont inférieures à 50% d’un revenu médian de référence.

A la lumière de ce critère ont été repérés  5,5 millions de personnes vivant dans les quartiers les plus pauvres de notre territoire ayant plus de 1000 habitants et  malgré toutes les actions déjà conduites en plus de 40 ans, à Oullins, quand on habite le quartier de la Saulaie, on habite toujours dans un des quartiers les plus pauvres de notre agglomération et de la France.

Parler de la politique de la ville à Oullins, c’est donc s’adresser exclusivement aux familles habitant dans le quartier de la Saulaie, c’est aussi se remémorer les générations successives qui ont habité à Oullins, dans le seul de ses quartiers coincé entre l’autoroute et la voie de chemin de fer, toutes ces familles n’ont guère connu et ne connaissent pas mieux aujourd’hui d’amélioration dans leur quotidien – ni en termes de logement, ni en termes d’emploi, ni en termes d’éducation et de formation.

L’Observatoire national de la politique de la ville a été installé l’année dernière, le 19 janvier 2016 exactement, par le ministre de la ville, Mr Kanner, et la secrétaire d’Etat chargée de la Ville, Mme Geoffroy, ancienne mairesse de Vaulx en Velin. Peu de temps après, le 3 mai 2016, ce même observatoire a remis à Mme Hélène Geoffroy son premier rapport annuel, celui de 2015. Les révélations qui y sont faites sont à mettre en regard avec la situation des Oullinois habitant à La saulaie, puisqu’elles décrivent la situation des habitants dans les nouveaux quartiers prioritaires de la politique de la ville.

Que révèle donc ce rapport ?

Que la population vivant dans les quartiers en politique de la ville, donc à La saulaie, est jeune.

Qu’elle est peu scolarisée.

Qu’elle est le plus souvent étrangère.

Que les femmes y sont bien plus nombreuses que les hommes, qu’elles sont dans 9 cas sur 10 cheffes de famille et en dehors du marché du travail.

Que les familles monoparentales y sont deux fois plus fréquentes qu’ailleurs : une famille sur 4.

Que les formes d’emplois pour celles et ceux qui en ont sont plus précaires que dans les autres territoires.

Ce rapport souligne la perception plus positive par les habitants concernés de leur cadre de vie ou les aspects environnementaux comme les espaces verts ou l’entretien des rues. On progresse donc dans ce domaine. Mais ce même rapport insiste sur une réalité économique et sociale difficile, surtout celle des jeunes et des femmes bien sûr. Les petites fleurs plantées au pied des immeubles, les jardins éphémères sont appréciés, mais ce cadre verdoyant ne répond pas aux besoins profonds d’existence digne des familles. Car que nous dit encore le rapport annuel ?

26,7% de taux de chômage dans les quartiers de politique de la ville quand le reste des agglomérations n’en compte que 10%, 61% des jeunes ont un niveau d’étude inférieur au bac contre 37,7% ailleurs, la moitié d’entre eux seulement est en activité et lorsqu’ils sont diplômés, titulaires d’un bac + 5 par exemple ils occupent pour la majorité un emploi d’employé ou d’ouvrier. Peut-on enliser encore longtemps priver de présent et d’avenir des générations de citoyens ?

Il semble bien que les actions, à Oullins plus d’une vingtaine chaque année, aussi intéressantes soient-elles, n’apportent pas toutes les réponses. Ne serait-il pas à ce sujet pertinent que vous nous communiquiez les résultats d’une année à l’autre et les impacts à 5, voire 10 ans des actions que vous nous présentez une fois par an. Vous ne portez à notre connaissance que les indicateurs. Il manque à chaque fois la mesure de l’efficacité. En quoi la pérennisation de la politique conduite améliore-t-elle concrètement la situation économique et sociale des habitants à La Saulaie ? Combien d’enfants ayant subi le busing à ses débuts sont aujourd’hui diplômés bacheliers et titulaires de diplômes de l’enseignement supérieur ? Combien de femmes et de jeunes ayant bénéficié d’actions ciblées sont aujourd’hui grâce à elles en emploi, quelle est la part des emplois trouvés dans le privé ?

Nous approuvons bien entendu que des associations entreprennent des actions pour sortir la population du cloisonnement dans lequel l’enferment ses difficultés et celles de la plupart des habitants de tout un quartier, mais nous nous interrogeons avec inquiétude : Que deviendront ces habitants que ciblent les actions présentées ce soir dans la délibération, lorsque des friches SNCF émergeront des logements et que s’amorcera une gentrification, forme de boboïsation bien éloignée du quotidien des Sauléens d’aujourd’hui, comme en témoigne la plupart de ces quartiers, annoncés à tort comme éco-quartiers alors que sont absents dans leur conception et leur aménagement les principes mêmes de ce qui fait qu’un quartier est un éco-quartier ?

Les 800 logements neufs annoncés laissent à penser que le quartier de la Saulaie accueillera à peu près 2 000 nouveaux habitants dans cet éco-espace, lesquels pèseront en nombre sur celui des habitants actuels et augmenteront tellement le revenu médian qu’ils évinceront les pauvres de la politique de la ville. Cette nouvelle mixité sociale, née de la rencontre des deux populations, pourra sans doute être bénéfique sur l’environnement urbain, mais il est à craindre, si la volonté politique ne s’affirme pas davantage, que le quartier de la Saulaie échappe à cette prétendue mixité, parce que le nouvel aménagement chassera ailleurs dans une autre commune de la Métropole les habitants en difficultés. Il n’est qu’à lire les pancartes sur certains immeubles de la rue Sémard annonçant des duplex dans les immeubles existants dont les anciens appartements ont été réaménagés, pour comprendre que les habitants d’aujourd’hui n’ont déjà plus leur place dans ce quartier demain.

Parmi les 22 actions que vous nous présentez ce soir la seconde portée par la ludothèque décrit les enfants de CE1 de l’école de la saulaie allant à la rencontre de leurs futurs camarades des autres écoles de la ville où le busing les emmènera. Ne serait-il pas plutôt fait référence à une action qui date de l’année passée ? Les enfants de CE2 n’ont-ils pas réintégré l’école de la Convention à la rentrée 2016 ? Auquel cas ce sont eux qui vont aller rencontrer les  élèves des autres écoles et non ceux du CE1.

D’autres associations interviennent, comme l’AFEV, partenaire dans la création de la cité des kapseurs, par trois actions auprès des personnes isolées et des enfants, l’ACSO qui déploie 4 actions dans l’accompagnement des parents et celui des jeunes, le théâtre de la renaissance qui développe une action dans un projet culturel. Merci à elles. La ville elle intervient dans 4 ou 5 actions, dont celle d’enlever les véhicules, de créer une salle d’activités, de mutualiser l’entretien des espaces extérieurs…. Mais si l’on veut donner du sens au rapport présenté l’année dernière par l’observatoire, ne faudrait-il pas des actions en direction des femmes spécifiquement, puisqu’elles sont les plus nombreuses à vivre dans les quartiers prioritaires et qu’elles y élèvent majoritairement seules leurs enfants ? Ne faudrait-il pas aussi imaginer un bien meilleur accompagnement de leur santé ? Et puisque le rapport spécifie que les familles y sont le plus souvent étrangères, pour certaines d’entre elles réfugiées depuis peu, ne faudrait-il pas imaginer des actions  interculturelles et de fraternité, des actions à leur rencontre où les familles oullinoises de longue date pourraient non seulement apprendre à connaître ces familles, leur culture, mais aussi les parrainer au quotidien ? La fraternité n’est-elle pas aussi inscrite au fronton de nos mairies ?

Nous voterons pour cette délibération en regrettant cependant que les résultats oullinois des programmations précédentes ne soient pas communiqués ni ne semblent appuyer une réorientation des actions d’année en année, enfin que les informations précises contenues dans le  rapport de l’Observatoire ne soient pas davantage prises en compte.   

 

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